Le cinéma aime Aix, Aix aime le cinéma

Le cinéma aime Aix, Aix aime le cinéma

PHOTO : STUDIO H. ELY

A la fin des années 1950, la France découvre, malgré les tensions de la guerre froide, les délices de l’abondance. La grisaille du deuxième conflit mondial est encore dans tous les esprits et, pour l’oublier, les Françaises et les Français plongent avec gourmandise dans les joies de la consommation insouciante. Pour suivre la conquête de l’espace entre les USA et l’URSS – qui vient de mettre en orbite le fameux Spoutnik – , pour ne rien rater des événements d’Algérie, pour assister à l’épopée du Brésil en coupe du monde de football qui va révéler Pelé, un gamin de dix-sept ans, tout le monde piaffe d’impatience à l’idée de pouvoir s’acheter un poste de télévision à lampe, en noir et blanc. Il s’agit d’un temps béni, sans chômage ni crise du pétrole, sans récession ni préoccupations économiques. C’est une société construite sur des certitudes, celle que la guerre mondiale n’aura plus lieu, celle que les techniques industrielles vont libérer la ménagère des tâches fastidieuses, celle que le progrès est en marche et que, cette fois-ci, on en est sûr, ce progrès ne pourra qu’apporter avec lui la paix, le bonheur et la fraternité.

MIREILLE DARC,MARCEL GUILLAUMEÀ Aix-en-Provence, comme dans la France entière, cet appétit de vivre suit la même frénésie que celle du désir de se divertir, et les lieux de plaisirs ne manquent donc pas pour les 55 000 habitants. Le Festival d’art lyrique, dans la cour de l’Archevêché, comble régulièrement les passionnés d’opéra. Au théâtre du Jeu de paume, les représentations des plus belles pièces consacrées par le tout-paris s’enchaînent sur un rythme trépidant et, après les spectacles, le public flâne volontiers sur le cours Mirabeau, où les cafés ouvrent leurs bouches d’or dans la nuit. Pour les férus de danse et les étudiants, déjà nombreux, les discothèques et autres petits bals, plus ou moins autorisés, font résonner les succès de l’époque, à grands tours de Teppaz qui crachotent les standards du rock et annoncent déjà les années yé-yés. Là, au Mistral ou au Moulin à huile, filles et garçons se déhanchent sur les disques de Miles Davis, Ray Charles, Chuck Berry, Tito Puente…

BOURVIL

Dans la cité du Roi René, les cinémas, eux non plus, ne manquent pas. En 1958, on n’en compte pas moins de cinq : le Cursal situé sur la Rotonde, le Cinévog à la place de l’actuel Renoir, le Rialto, situé rue Fabrot, sans oublier le Rex en haut du cours Mirabeau, qui alterne les séances de cinéma et les concerts, ainsi que le casino municipal, sur l’avenue de la République. Dans ces salles, les Aixoises et les Aixois découvrent, émerveillés, les succès du moment : Ascenseur pour l’échafaud (Louis Malle), Sueurs froides (Alfred Hitch- cock), Les misérables (Jean-Paul Le Channois), Hiroshima, mon amour (Alain Resnais) ou encore Une chatte sur un toit brûlant (Richard Brooks). Aix-en-Provence est une ville de culture et entend le faire savoir à la France entière et, même, au-delà des frontières.

Parce que l’art et le cinéma résistent depuis toujours à la froide logique cartésienne, c’est ici, à Aix-en-Provence et non pas à Marseille, la capitale industrieuse, que va naître le cinéma le Cézanne. Avant de parcourir son histoire, il convient toutefois de revenir sur sa naissance, une venue au monde où ont alterné le travail, la passion, l’abattement, l’enthousiasme et les prises de risques. Bref, une véritable histoire d’amour entre les rêves d’une famille, une ville qui aime la culture et, surtout, une passion pour un art : le cinéma.